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Charles Picot, EbEniste et restaurateur
Création, restauration, reinterprétation

La relation de Charles Picot avec le bois, le travail du bois, l’ébénisterie, les meubles et leur restauration d’une part, le goût des meubles et des objets anciens d’art et de curiosité d’autre part, sont le fruit d’une longue évolution qui a tout naturellement suivi son parcours professionnel..

Imprégné de mécanique par l’observation curieuse, attentive et intelligente des rouages et engrenages du moulin paternel ; formé aux rudiments des travaux du bois par l’entretien constant de la charpente et des nombreuses pièces de bois qui s’usent et imposent des interventions fréquentes et de l’ingéniosité autant que de l’habileté ; le jeune Charles apprend à livre ouvert au moulin plus qu’à l’école de Saint-Memmie dont il reste trop souvent éloigné bien malgré lui par la nécessité d’aider aux travaux de l’auberge, de la ferme et du moulin familial.

Il a montré très tôt des dispositions pour la mécanique et un goût certain pour le travail du bois. C’est peut-être ce qu’il a voulu exprimer lorsqu’à 20 ans il sculpte son nom et des enjolivures sur une planche qu’il cloue sur une poutre du moulin.
Peu de temps après, il joint ses économies (100 francs) à celles de son frère Jean pour créer un commerce de bois, bois de chauffage et de construction. Quelques années plus tard, les deux frères revendent leur commerce en se partageant un bénéfice substantiel.
Cette expérience, outre le bénéfice qu’il en retire, lui a permis d’acquérir la maîtrise de la gestion d’une entreprise, une bonne connaissance dans le négoce du bois, des relations dans ce domaine, et surtout une intuition des besoins, des opportunités et des perspectives qu’offraient aux audacieux éclairés et courageux la révolution industrielle qui était en train de s’accomplir.
C’est dans cet état d’esprit que Charles s’établit à Châlons où il se consacre à des travaux de menuiserie, d’ébénisterie et à la fabrication d’outils mécaniques. Il se lance dans la production « pour les ouvriers en bois » d’ « outils nouveaux que le progrès de l’industrie réclament sans cesse, et qui rendent le travail plus facile et plus rapide ».

Cette activité et son insatiable curiosité l’amènent à se rapprocher de la prestigieuse Ecole des Arts et Métiers. C’est vers 1825-26 qu’il entre « en relation avec Monsieur Roux, chef d’atelier pour la menuiserie et pour l’ébénisterie à l’école des arts et métiers de Châlons-sur-Marne. » Monsieur Roux présente en 1827 un modèle de scie mécanique perfectionnée de son invention.
Charles Picot travailla en étroite relation avec Monsieur Roux pour perfectionner la machine à scier.
A partir de 1830, Charles Picot se consacre presque exclusivement à ses inventions, d’abord dans le domaine de la production de placage.

La longue expérience acquise permit à Charles Picot de développer ses talents d’inventeur et de produire bientôt son premier modèle de machine à trancher le bois en placage, d’abord pour de petites longueurs destinées à la brosserie et la tabletterie, en 1831,
C’est à cette époque que Charles Picot acquiert une maison d'habitation au 31 de la rue Saint-Jacques, devenue aujourd'hui rue Léon Bourgeois, où il installe ses ateliers.

En 1834, il opère une "révolution" dans la technologie de débitage du bois de placage en substituant à l'antique scie, la lame à trancher. Cette innovation permet de diviser le bois, sans sciure, avec une précision jusqu'alors inconnue. Il est désormais possible de débiter dix feuilles par millimètre d'épaisseur. La portée économique de son invention est considérable par la réduction des quantités de bois d'importation précieux qu'elle permet.
Il invente tout d'abord une machine à couper le bois de placage de petite dimension pour la brosserie, les petits meubles et le bois-papier.


En 1835 Charles Picot met au point une machine à mouvement vertical pour trancher le bois de placage de grande dimension.

En 1836 Il perfectionne sa machine, désormais en mesure de vaincre les résistances opposées par les parties noueuses du bois.

En 1837 Il est nommé membre titulaire résident de la Société académique de la Marne.

Le 15 mars 1841 Charles Picot acquiert une maison au 34 de la rue Grande Étape.

En raison de son mauvais état de santé, l'inventeur est obligé de céder les droits d'exploitation de ses brevets, puis ensuite jusqu'à la propriété de son invention.

En 1845 Il vend sa maison et son atelier sis au 31 de la rue Saint-Jacques.

Dès 1830 Charles Picot a pris l’habitude d’acheter à bas pris des objets, des meubles, des œuvres d’art. Dans un premier temps, il acquiert et accumule ainsi un grand nombre de pièces en vrac, des bois sculptés notamment qu’il achète à la fois par curiosité et par goût, pour leur originalité et leurs qualités à la fois techniques et esthétiques. Son installation dans la maison de la rue Grande Étape va lui permettre ainsi de stocker, de réparer, de rassembler, reconstituer, recomposer des meubles à partir d’éléments de récupération.

Il partage son temps entre ses recherches techniques et la constitution d'une collection d'objets d'art et de curiosités.
Avec le temps, une certaine aisance financière lui permet de donner libre court à son goût pour les meubles et les objets anciens d’art et de curiosité. Il fréquente de plus en plus assidument les salles des ventes et se constitue ainsi un cabinet de curiosités où s’accumulent des objets hétéroclites, des meubles et des œuvres d’art choisi avec un goût de plus en plus sûr au fur et à mesure que Charles Picot forgeait sa connaissance et développait sa culture.


On imagine l’enfant qui rêvait dans le moulin paternel se donner encore du rêve au milieu de ces merveilles arrivé à l’âge adulte.
Charles Picot est doué d'un sens artistique et révèle une remarquable aptitude à distinguer les œuvres de qualité. Sa passion pour l'ébénisterie le mènera à la restauration et à la création de meubles.

Il réalisait de cette manière le double résultat de conforter son statut social de notable, et d’accéder à un degré de culture peu accessible à cette époque.

Il lui restait à passer à la postérité. Conscient de l’apport économique de ses inventions par l’amélioration des conditions de travail et le gain de productivité dans une société en pleine mutation, et de sa contribution au progrès de l’humanité, Charles Picot a voulu marquer de son empreinte son attachement à la ville de Châlons et sa reconnaissance à la société qui l’avait reconnu comme un de ses citoyens les plus méritants, c’est ce qu’il fit par testament en date du 5 février 1852 et codicilles, en léguant sa collection qui compte alors une centaine d’œuvres d'art et objets à la ville de Châlons :
"Je lègue à la ville de Châlons-sur-Marne les objets d'art et de curiosités ci-après désignés à prendre dans ma collection aussitôt ma mort, à la condition par la dite ville, qu'ils seront déposés à perpétuité dans une salle faisant suite à la bibliothèque publique de la ville et spécialement destinée à recevoir seuls les objets du présent legs pour y établir un commencement de musée public ou faire suite à celui qui pourrait exister"

A sa mort, le 18 novembre 1861, son legs sera riche de 575 meubles, œuvres d’art et objets de curiosité.


 
 
 
 




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